Les auteurs qui nous ont inspirés: Dino Buzzati, Timothée de Fombelle, Tristan Tzara, Park Sangsoon, Eugène Guillevic, Andrée Chedid...
Ascenseur
C’est un ascenseur comme il y en a tant d’autres, une petite cabine métallique parée d’une plaque de numéros, tantôt allumés, tantôt éteints. Les nombres vingt-sept et vingt-quatre sont donc éclairés, mais cette réflexion me sort vite de la tête une fois l’ascenseur mis en marche. De petits cliquetis métalliques troublent le silence confortable dans lequel je suis, et lorsque l’afficheur au dessus de la porte indique vingt-sept, un tintement se fait entendre. Quelques secondes plus tard, les portes s’ouvrent pour laisser entrevoir une jeune femme vêtue de rouge de la tête au pieds. Elle ne doit pas avoir plus de trente ans et porte un chapeau écarlate qui ferait pâlir de jalousie la plus riche de toutes les chics dames qui peuplent cet immeuble. Elle me salue d’un raide hochement de tête, laissant transparaître une mèche de cheveux auburn qui s’échappe de son énorme coiffe. Une ambiance étrange règne dans la petite cabine, comme si quelque chose n’allait pas avec cette femme. Je me réprimande mentalement suite à cette réflexion, la pauvre dame n’a rien fait de mal. Je tente de lui sourire poliment mais elle pince ses lèvres et détourne le regard, s’attardant sur les boutons situés derrière moi. Un nouveau tintement me sort de mes pensées et lorsque je regarde l’afficheur, je constate que nous avons atteint le vingt-quatrième étage. Devant les portes ouvertes se tient une jeune fille vêtue de rouge de la tête aux pieds, avec sur la tête un somptueux chapeau écarlate. Mon regard se dirige immédiatement vers ma droite où la même jeune femme se tenait il y a à peine quelques minutes et je sens mon cœur s’arrêter quand je me rend compte que je suis seul dans la cabine.
Recette pour une pièce de théâtre ratée
Vous aurez besoin:
- de projecteurs défectueux
- d’une scène glissante
- de costumes mal réalisés
- d’acteurs trop stressés
- d’acteurs pas assez stressés
- d’un script incompréhensible
- d’un public malpoli
Étapes à suivre:
- Vous donnerez aux acteurs les plus mal à l’aise les premiers rôles, en n’oubliant pas de braquer la lumière clignotante sur eux,
- À l’inverse, vous placerez les acteurs trop confiants sur le sol glissant, en prenant soin de les faire tomber sur les décors,
- Ensuite, vous imprimerez le script de la pièce en trois exemplaires afin que les quinze acteurs soient confus à souhait,
- Vous réaliserez les costumes avec le tissu le plus déchiré, le fil le plus fragile et la machine à coudre la plus défectueuse que vous avez,
- Enfin, vous trouverez un public composé d’enfants pleureurs, d’adolescents ennuyés, de parents trop enthousiastes et d’étudiants malpolis.
Mélangez et vous obtiendrez une belle pièce ratée.
Tiroir
Il y avait, dans la chambre de ma grande sœur, un grand bureau en bois, toujours très ordonné. Jamais une feuille qui traînait, jamais un capuchon de stylo abandonné, jamais de cahiers en désordre. Je me demandais: comment est-il toujours aussi bien rangé? Curieuse, je profitai d’un jour de solitude à la maison pour l’inspecter de plus près, convaincue de pouvoir trouver une explication à l’ordre surnaturel de ce bureau. Alors que je pénétrais dans sa chambre, un soupir m’échappa en voyant le netteté de son lieu de travail, pas une poussière n’était visible. Il y avait, dans cet extraordinaire bureau, deux petits tiroirs sur le côté, ornés de poignées dorées. Laissant ma curiosité enfantine me guider, j’ouvris un premier tiroir. Une grande déception s’empara de moi lorsque je vis que, à l’image du bureau, le tiroir était très bien rangé. A gauche, une pile de feuilles blanches formaient un rectangle parfait. Juste à côté, je vis une petite boîte rose qui contenait une multitude de trombones, tous ordonnés par couleur. Reposant sur la pile de feuilles, un petite trousse bleu marine révéla, quand je l’ouvris, des stylos bille, des gommes, des crayons à papier, des colles… cinq de chaque, je comptais. Mes yeux se baladaient pour la millième fois entre les divers objets que contenait le tiroir mais tout était parfait, millimétré. Mon regard s’arrêta sur le petit paquet de bonbons à la menthe à moitié entamé qui me faisait de l’œil depuis que j’avais ouvert le tiroir, je me décidai finalement à en prendre un pour me réconforter dans mon dépit de n’avoir rien trouvé de compromettant. N’avait-elle donc aucun secret? Aucun endroit fourre-tout? Je m’accroupis pour pouvoir atteindre le deuxième tiroir, m’attendant à revoir le même monstre de propreté qu’auparavant. Quelle ne fut pas ma surprise, lorsque je vis un désordre terrible dans ce petit tiroir. Manuels, sucreries, déchets, chaussettes, je crus même voir une brosse à dent! Un dictionnaire, une agrafeuse, une cuillère en bois, une poupée à moitié habillée, une boule à neige, des écouteurs filaires, un paquet de cinq-cent cotons-tiges et… mon écharpe? Je ris en fouillant plus profondément, quelle belle façade ma sœur gardait-elle, alors qu’un tel tiroir concentrait tout ce qu’elle n’avait pas envie de ranger. Pour mon esprit de petit enfant, c’était comme gagner à la loterie! Je me relevai avec un sourire éclatant et pris un autre bonbon à la menthe (pour bonne mesure) avant de m’en aller de sa chambre en chantonnant.
Le tiroir de mamie
Si je m´en souviens si bien, sachez-le, ce n’est que grâce à un miracle, car ce tiroir, appartenant à ma grand-mère, n´a pas été ouvert depuis bon nombre d´années. Je me rappelle que lorsqu´elle me demandait de l´ouvrir, mon cœur se remplissait aussitôt d´une joie tellement gigantesque, que je ne saurais la décrire. Ce tiroir contenait d´innombrables choses: des brosses à cheveux avec lesquelles je la coiffais tout les soirs, des masques cosmétiques, des parfums, dont l’odeur florale embaumait la maison lorsqu´elle y mettait les pieds, sans oublier les coquillages ramassés sur la plage avec mes cousines, mon cousin et ma sœur, ses bijoux, les uns enrobés d´or et d´argent, d’autres ornés de magnifiques pierres précieuses, les sacs à mains aux textures et couleurs variées qu´elle portait à chaque fois qu´elle sortait de la maison, les photos de ses enfants, lorsqu´ils allaient encore au collège, ses crèmes hydratantes, les jeux de cartes avec lesquels mes cousines, ma mère, ma mamie et moi jouaient jusqu´à ce que nous nous endormions, épuisées, dans le salon et son maquillage, qui comprenait des palettes de fard à paupières de toutes les couleurs imaginables, du rouge à lèvres, mat ou brillant – il était perpétuellement assorti avec sa tenue qu’elle composait, à chaque fois, selon toutes les règles de l´art.
Qui ?
Ce couteau à manche noir, je l’ai acheté.
Le chef me regarde avec stupéfaction.
Ce couteau à manche noir, je l’ai acheté.
Je réponds à sa question.
Ce couteau à manche noir, je l’ai acheté.
À présent on voit se dessiner la compréhension.
Ce couteau à manche noir, je l’ai acheté.
Que vois-je ? Un sourire de satisfaction ?
Ce couteau à manche noir, je l’ai acheté.
Sans doute, maintenant il éclate d’un rire machiavélique.
Ce couteau à manche noir, je l’ai acheté.
Est-ce ce criminel qui me semblait si angélique ?
Ce couteau à manche noir, je l’ai acheté.
Ses habits couverts de sang m’ont l’air si horrifiques !
Ce couteau à manche noir, je l’ai acheté.
Et c’est moi qui vais l’utiliser.
Un mirage?
Avec ma poche de gel frais, je traversais le couloir du lycée d’un pas accéléré. L’état de mon front ne s’améliorait point: ce jour-là, à cause de Marcel qui m’avait poussée, je m’étais retrouvée par terre, sans orientation jusqu’à ce que, après avoir reçu plusieurs coups de pied sur la tête, un professeur était enfin venu me sauver de ce tyran. Heureusement je n’avais pas d´oeil au beurre noir, mon petit frère se serait inquiété et aurait peut-être commencé à pleurer. Cependant, mon professeur intéressé par la médecine, soupçonnait un traumatisme crânien et m’avait envoyé à l’infirmerie où je me rendais, sans trop me presser.
Je regardais autour de moi lorsque j’aperçus une porte colorée sur laquelle étaient inscrits avec des lettres découpées de papier carton multicolore et fleuri les mots «accès interdit». Malgré cette interdiction, je me dirigeai vers cette porte inhabituelle, quand soudain des rayons lumineux s’échappèrent des bords et des coins de la porte. Gagnée par la curiosité, je m´approchai davantage et l´ouvris lentement. J´aperçus alors une classe on ne peut plus normale: des élèves ennuyés d’autres feignant l´intérêt en hochant la tête régulièrement, des tables presque noires de toutes les atrocités infligées par les enfants, des livres empilés sur l’étagère et finalement le professeur.
J´allais refermer la porte quand, soudain, un détail retint mon attention. Les yeux du professeur étaient noirs comme les abîmes. J´ouvris la porte un peu plus. Le grincement de la porte attira l’attention du professeur, qui à présent se retourna et me fixa des yeux. Après quelques secondes de silence absolu, il s´avança vers moi, étendit ses bras, qui maintenant, je le remarquai, étaient recouverts d’un liquide noir, visqueux coulant tout au long de ses mains. Peu à peu, ce liquide le gagna et finit par le submerger entièrement. Tout en moi me criait de m’enfuir, de m’éloigner le plus possible de ce cauchemar, mais, paralysée par la peur, je n´avais aucun moyen de m’échapper. Une fois enveloppée par cette viscosité, la silhouette de l´enseignant disparut entièrement et se transforma en une flaque noire. Soulagée, je quittai l´état de choc, pour m´effondrer, épuisée sur le sol. Soudainement, cette flaque, qui m’avait paru si inoffensive il y a un instant, s´étendit sur la salle entière, l’envahit et couvrit tous les meubles, les livres, les fournitures scolaires des élèves. En observant cette scène toute aussi fascinante que terrifiante, je réalisai que les élèves avaient disparu, tels des fantômes. Malheureusement, je ne pus guère m’attarder sur ma pensée, puisque ce liquide s’approchait dangereusement de mon côté. Prise de panique, j´essayai de courir. En vain. Il s’approchait de moi mais, à ma grande surprise, s´arrêta quelques millimètres devant moi. Après avoir levé la tête, rassurée, je me rendis compte que la salle de classe avait entièrement disparu, à sa place se trouvaient les ténèbres, l´obscurité absolue. Heureusement que la porte, elle, n´avait pas disparu, autrement je n´aurais eu aucune possibilité de m´échapper de cet enfer et malgré ma curiosité qui ne cessait de croître, je me retournai, ma raison enfin reprenant le dessus, pour l’ouvrir et me sauver. Une fois que mes doigts effleurèrent la poignée métallique de la porte, une goutte de ce liquide noir charbon me tomba sur la tête. En la dirigeant vers le plafond, je constatai qu´il ne me restait que quelques instants jusqu´à ce que le liquide ait enveloppé l´intégralité de la porte. Je l’ouvris donc d´un geste brusque et la refermai aussitôt derrière moi, de peur d´être également engloutie par les ténèbres.
En me retournant décidée à finalement me rendre à l´infirmerie, j´aperçus au moins une dizaine de personnes me fixant d´un regard soucieux. Ne pouvant garder toute cette mésaventure pour moi, je leur racontai, en un souffle, tout ce qui s´était produit ces dernières minutes. Une personne s’avança et, avant que je puisse l´en empêcher, ouvrit la porte. Dedans se trouvait une classe banale et ordinaire…
Sans titre
C’est nuit-là que les choses commencèrent à se dégrader. Je ne m’aperçus tout d’abord de rien. À l’instant, j’étais tellement occupé par mes pensées, que je ne remarquai pas l’absence étrange d’étoiles brillantes dans le ciel d’encre. Mais cela n’était que le début. Vous comprenez, l’obscurité est une chose puissante, qui se manifeste rarement. Vous ne la connaissez pas, et ne la connaitrez sûrement jamais. Ce n’est pas le noir… ni l’espace. L’obscurité, prenant sa forme pure, c’est l’encre qui tâche l’esprit, et qui empoisonne le cœur. Dans ces moments-là, aucune lampe ne peut chasser l’ombre. L’ombre qui se projette sur son interlocuteur. Et bientôt vous saurez, que c’est lui qui a soufflé sur la flamme.
Je me souviens vaguement de cette journée… J’étais assise sur mon lit, pendant que tu étais debout de l’autre côté de la chambre (une chambre, plus notre chambre). Tu étais là depuis une bonne heure. Doucement, tu as ouvert le tiroir en face, et tu t’es mise au travail. Deux options: jeter ou donner. Et puis il fallait choisir quelques vêtements à emmener avec nous. J’aurais pas pu y faire face. C’est pour ça que c’est toi qui as jeté nos affaires dans des boites. J’ai dû sortir, j’avais pas le courage d’observer cette triste scène. Deux jours après tu étais sortie pour te débarrasser du peu qu’il nous restait. Je suis entrée dans la chambre pour la dernière fois. Tout était blanc, tout était vide. On voyait seulement le lit (pas le temps de le démonter) et l’armoire blanche (qui nous servait plus à rien sans vêtements). Le tiroir était ouvert, je m’y précipitai dans l’espoir d’y trouver quelque chose. N’importe quoi m’aurait suffi. Juste un rappel que nous existions encore (on n’existe plus).
Rien.
Rien, que du vide.
Le vide qui s’infiltre dans mon cœur.
Vide. Tout était vide. Les mur, le sol l’armoire. Le tiroir ne contenait plus rien…
Personne ne vit ici maintenant, on n’est plus personne, plus humain. On n’existe plus.
On part. Je ne sais où. On va nulle part.
Les participant.e.s de l’AG Écriture créative: Dorra, Louisa, Tristan, Ondine, Isra
Jungle
J’étais dans le couloir, pour aller chercher mon cahier dans mon casier, quand soudain, je vis une porte qui n’ était pas verrouillée. J’étais trop curieux pour ne pas entrer, donc j’entrai.
La première chose que je vis était une magnifique plante dans un pot qui était en train de pousser extrêmement vite, et, qui recouvrit très vite l’entièreté de la salle avec une flore magnifique.
Le sol n’était plus celui de mon école, mais celui d’une forêt, et je vis les murs, les fenêtres, le plafond, les chaises, les autres meubles et le tableau disparaître. Puis, je vis des oiseaux et d’autres animaux majestueux apparaître. Je m’aventurai dans cette jungle, et je vis des merveilles: des plantes de toutes les couleurs, des animaux fantastiques et une grotte: quand j’y entrai, j’y aperçus des lucioles qui brillaient de toutes les couleurs possibles, et un arbre qui avait des feuilles incroyables et magnifiques. Je passai des jours et des jours à explorer cette superbe jungle, qui regorgeait de tout: des fleurs merveilleuses, des arbres plus hauts que des immeubles, d’ autres animaux incroyables. Je ne pensais plus aux cours scolaires, plus au monde extérieur qui me cherchait probablement, je ne pensais qu’à explorer cette splendide forêt.
Je ne voulais pas sortir, mais à force de penser à mes parents, qui pleuraient probablement en essayant de me retrouver, je m’efforçai, avec un coeur lourd, de sortir de cette forêt, de cet endroit magique et inoubliable, qui n’était après tout qu’une salle de classe. Et dès que je pensai à sortir, la porte apparut devant moi. Je l’ouvris et je retrouvai le couloir habituel du lycée: calme et vide. Je regardai alors ma montre: 14 secondes s’étaient écoulées depuis que j’étais entré dans cette forêt. Je rentrai en cours absolument pétrifié.
Pendant la pause, j’allais voir cette salle, j’entrai à nouveau, je vis la même plante, dans le même pot, et elle se remit à pousser...
Ce couteau à manche noir, je l’ ai acheté.
Ce couteau à manche noir, je l’ ai acheté.
Ce cadavre ensanglanté, écroulé sur le sol, je l’ai acheté.
Cette flaque de sang qui s’écoule du cadavre, je l’ai achetée, pour complimenter mon couteau.
Ces sirènes de police bleues et rouges qui hurlent, je les ai achetées.
Ce procès, je l’ai acheté.
Cette chambre de prison, grise froide et inconfortable, je l’ai achetée.
Et ma liberté, je l’ai rachetée, avec mon couteau,
ensanglanté.
Recette pour un examen sadique
Pour commencer,
Il faut fixer,
La date
Du DST.
Pourquoi ne pas fixer
Ce DST
Un lundi
Pour bien les stresser!
Mais bien sûr,
Il faut ajouter une pincée
De cruauté,
C’est-à-dire,
Faussement les rassurer.
Le jour du DST,
Il faut les emmener
Dans une salle d’examen
Surchauffée,
Avec toutes les fenêtres fermées!
À ce mélange sadique,
Ajoutez une grande cuillerée de stress condensé,
Et laissez le mélange reposer!
Après repos, ajoutez un tas de lettres
Et une grosse pincée de méchanceté!
Et puis prenez vos feuilles de papier.
Étalez une bonne couche de ce terrible mélange,
Et distribuez!
Puis, mettez ces tests et élèves dans le four pendant 30 minutes au maximum
(même plus si vous voulez)
Puis prenez les DST
et dégustez!